Devise
Aux origines
Héritage des ordres estudiantins, les sociétés d’étudiants suisses adoptèrent généralement une devise lors de leurs fondations au cours du 19ème siècle. L’Helvétia ne faisant pas défaut à cette tradition adopta en premier lieu la même devise que Zofingue "Patrie, Amitié, Sciences !".
Par la suite, en 1850, elle adoptera la devise "Patrie, Amitiés, Progrès !", plus en rapport avec ses convictions et l’engagement de ses membres. Cette devise est toujours d’actualité aujourd’hui même si son interprétation a beaucoup évolué à travers les époques.
Il n’existe pas de définition définitive et unique de notre devise, et chacun l'interprète en fonction de ses propres valeurs. Les explications qui suivent sont des interprétations largement partagées au sein de l’Helvétia, essentiellement tirées de recueils de réflexions réalisés par ses membres
Devise de l'Helvétia : "Patrie, Amitié, Progrès !"

- La devise de l'Helvétia sur le frontispice du fauteuil du Magister Bibendi
Patrie - quel patriotisme habite les helvétiens ?
Attachement à la terre par delà la conscience cantonale, le patriotisme constitue en quelques sortes les racines qui permettent à chacun de s’ouvrir au monde. Bien que la dimension helvétique soit importante pour la plupart des helvétiens, être titulaire de la nationalité suisse ne fait pas partie des conditions d’admission dans la société. Ainsi, jetant des ponts entre les étudiants des différentes régions de Suisse, révélatrice de diversité et de liberté, l’Helvétia se distancie totalement du nationalisme exacerbé ou de la xénophobie.
L’Helvétien relie cependant le patriotisme à l’histoire du pays. En 1832, les membres fondateurs de l’Helvétia, continuant ainsi la tâche initiée par Zofingue, voulaient promouvoir et oeuvrer à la création d'un Etat fédéral en Suisse à une époque où celle-ci n'était qu'une simple Confédération de cantons. Leurs espérances furent atteintes avec l'élaboration puis l’adoption de la Constitution Fédérale de 1848. Suite à la naissance de l’Etat fédéral, nombreux furent les hauts fonctionnaires ainsi que les Conseillers Nationaux, aux Etats et Fédéraux issus de l’Helvétia qui oeuvrèrent à sa mise en place progressive.
De nos jours, elle est demeurée une société à but patriotique en ce sens qu’elle est fortement attachée aux valeurs, aux traditions et aux institutions démocratiques de la Suisse moderne dont elle a contribué à l’émergence et pour lesquelles ses membres continuent à s’engager.
Pour nombre d’Helvétiens, le patriotisme est incarné par une volonté de soutenir, de participer, de se consacrer à la chose publique de son pays, que ce soit par une prise de responsabilité dans ses institutions, par un engagement politique ou à travers des débats, des discussions ou des réflexions.
Amitié - une fraternité à toute épreuve
Fraternelle, inconditionnelle, permanente, l’amitié helvétienne s’exprime à travers la disponibilité, la chaleur, le dialogue, la tolérance, la confiance et la loyauté. C’est une anti-solitude dans un monde dominé par l’égocentrisme.
Creuset formateur par ses rites et son expérience, notamment grâce aux nombreuses activitiés, à la pratique du chant ou à l'usage du Biercomment, l’Helvétia implique une vie commune qui crée une connivence par delà les volées. Cette complicité de jeunesse, teintée d’idéalisme, souvent vérifiée dans la durée, favorise l’ouverture et la liberté du dialogue. On peut en effet se reconnaître helvétien après des décennies d’absence.
L’Helvétia étant une société à vie, les amitiés solides et durables qui s’y développent se prolongent bien au-delà des études, en Suisse et dans le monde.
Basé sur l’amitié, le réseau des sections est l’illustration même d’une volonté d’unité dans la diversité, par delà les langues et les cultures. Il est un symbole du consensus helvétique.
Progrès - une approche philosophique
Le sens du mot progrès est probablement celui qui est le plus débattu à propos de la devise de l’Helvétia. Le progrès implique en premier lieu un développement, un enrichissement de la pensée. Cet enrichissement, permettant d’accéder à une nouvelle vision des choses, n’est pas un apanage helvétien. Il découle des hommes qui marquent à des titres divers, tant par leur intelligence, leur amitié, leur fidélité, leur originalité que par leurs espoirs, voire leurs désillusions, la vie de la société et de ses membres.
Inspirés des philosophies de Rousseau, de Kant, ou encore de Hegel, pour les helvétiens, prétendre au progrès signifie d’œuvrer au bien de l’humanité, à la réalisation universelle des principes de Justice, de Liberté et de Fraternité.
Cette approche du progrès social implique "la nécessité de répandre les principes qui tendent à la félicité du peuple et à son émancipation, et qui rendent l’Homme conscient de son être et rempli du sentiment d’être utile à ses semblables" écrivait un président de la section tessinoise en 1854.
Ainsi, l’Helvétien doit être honnête homme dans sa recherche de moyens pour promouvoir plus d’humanité dans une société technologique et matérialiste.
Dans cette perspective du progrès, il y a par ailleurs un paradoxe à constater le souhait d’un renforcement de l’autorité dans le respect de la liberté du citoyen et la crainte de l’emprise étatique. Critique, l’Helvétien peut se distancer d’un Etat qu’il a, avec opportunité, contribué à fortifier. Préoccupé du bon fonctionnement des institutions du pays, il se doit d’exprimer son idéal démocratique dans la recherche d’un sage équilibre entre la garantie et les excès des libertés.
Si l’on considère le progrès dans le strict cadre de l’Helvétia, après avoir traversé près de deux siècles d’histoire, la société est arrivée à un moment charnière de son existence. On constate en effet, au-delà des idées généreuses qui y circulent, un certain paradoxe entre la pratique de traditions héritées d’un autre âge, celui de sa fondation et de sa consolidation, et le monde tel qu’il a évolué, notamment depuis la fin des années 1960. S’il y a lieu qu’elle s’interroge sérieusement à ce propos, le défi de l’Helvétia sera dès lors de conserver ses valeurs propres tout en s’ouvrant à d’autres.
Sources
Société Suisse d’Étudiants Helvétia, Section Vaudoise (1983), Livre d’Or de la Section Vaudoise 1847 – 1982, IRL, Lausanne.
Société Suisse d’Étudiants Helvétia, ouvrage collectif (2007), Helvetia 1832-2007, IRL, Lausanne.

